{"id":427,"date":"2025-03-24T10:45:27","date_gmt":"2025-03-24T09:45:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=427"},"modified":"2025-04-04T22:41:23","modified_gmt":"2025-04-04T20:41:23","slug":"berenice-de-racine-mis-en-scene-par-guy-cassiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2025\/03\/24\/berenice-de-racine-mis-en-scene-par-guy-cassiers\/","title":{"rendered":"B\u00e9r\u00e9nice \u2011 de Racine, mis en sc\u00e8ne par Guy Cassiers"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Vu le filage du 23 mars \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"font-size:clamp(0.875rem, 0.875rem + ((1vw - 0.2rem) * 0.542), 1.2rem);\">Et encore un. Encore un Racine qu\u2019un metteur en sc\u00e8ne renomm\u00e9 se d\u00e9cide \u00e0 mettre en sc\u00e8ne de fa\u00e7on, \u00e0 mon avis, un peu plate. Guy Cassiers revient \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise apr\u00e8s sa mise en sc\u00e8ne du roman de Dosto\u00efevski, <em>Les D\u00e9mons<\/em>, en 2021. Cette fois, au moins, on ne sera pas perdu dans les m\u00e9andres romanesques qui se pr\u00eataient assez peu \u00e0 la sc\u00e8ne : Cassiers s\u2019attaque \u00e0 <em>B\u00e9r\u00e9nice<\/em>. Mais l\u00e0 encore, il y a un twist qui motive le projet. Pour <em>Les D\u00e9mons<\/em>, c\u2019\u00e9taient ces trois grands \u00e9crans surplombant le plateau, qui permettaient \u00e0 des acteurs diam\u00e9tralement oppos\u00e9s dans l\u2019espace de se regarder et de se toucher par la magie des angles de la cam\u00e9ra. Cela m\u2019avait laiss\u00e9 un peu froid : j\u2019y voyais l\u00e0 surtout une d\u00e9monstration technique sans grande profondeur, un spectaculaire d\u00e9vitalis\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Jeux de jumeaux, jeux de vilains<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais ici, le twist est profond\u00e9ment imbriqu\u00e9 dans la dramaturgie. Cassiers a d\u00e9cid\u00e9 de faire jouer Antiochus et Titus, les deux amis, les deux amants de B\u00e9r\u00e9nice, par le m\u00eame acteur (J\u00e9r\u00e9my Lopez). Seul un long pardessus les diff\u00e9rencient : il lui suffit d\u2019enlever le manteau pour changer d\u2019identit\u00e9. Habilement cach\u00e9 par des jeux de silhouette \u00e0 travers des panneaux coulissants, les doubles ne se rencontrent pas sous les yeux du public, jusqu\u2019\u00e0 ce que finalement, Titus tienne son ami \u2013 son manteau \u2013 dans ses bras pour le supplier d\u2019\u00eatre le t\u00e9moin de son amour pour B\u00e9r\u00e9nice ; ou peut-\u00eatre pour r\u00e9veiller en lui l\u2019amour passionn\u00e9 de son double Antiochus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, Antiochus, ce personnage r\u00e9put\u00e9 inutile \u00e0 l\u2019intrigue, prend tout son sens. Il est le double de Titus. Ils ne font qu\u2019un : ils sont le m\u00eame homme, cet amant qui ne peut pas supporter son propre amour, qui torture B\u00e9r\u00e9nice (Suliane Brahim) par son ind\u00e9cision. D\u00e8s lors, quand B\u00e9r\u00e9nice choisit de partir par amour, le geste est d\u2019autant plus sublime : il d\u00e9passe les limites de la sc\u00e8ne. J\u00e9r\u00e9my Lopez n\u2019appara\u00eet plus comme l\u2019un ou l\u2019autre, il appara\u00eet comme un acteur luttant contre ses d\u00e9mons int\u00e9rieurs. B\u00e9r\u00e9nice-Brahim le quitte, les quitte tous deux et s\u2019\u00e9mancipe ainsi de leur emprise, de l\u2019emprise de la trag\u00e9die et du pouvoir politique. Les confidents sont aussi brillants dans leurs de manipulateurs ou de soutiens attentionn\u00e9s.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bouh, B\u00e9r\u00e9nice !\u00a0<\/h2>\n\n\n\n<p>La sc\u00e9nographie n\u2019est pas en reste : le plateau a des airs de manoir japonais, avec ses fines parois coulissantes. De fins piliers lumineux s\u2019\u00e9clairent aux sons myst\u00e9rieux de diapasons quand les personnages entrent et sortent. Au fond, des \u00e9crans diffusent des images fragment\u00e9es (tr\u00e8s kitsch), \u00e9vocatrices de la Palestine de B\u00e9r\u00e9nice (pas la moindre \u00e9vocation politique, malheureusement\u2026). L\u2019espace sc\u00e9nique semble hant\u00e9. Au centre du plateau, au milieu d\u2019un petit bassin qui rappelle les cours des maisons romaines, tr\u00f4ne une statue \u00e0 la forme ind\u00e9finie : buste de femme ? c\u0153ur humain ? La forme s\u2019assombrit au fur et \u00e0 mesure de la pi\u00e8ce, comme si elle capturait les esprits environnants, concentrant toute la tension accumul\u00e9e. Entre les actes, les \u00e9crans d\u00e9faillent et cr\u00e9pitent au son de basses qui font vibrer les os : on croirait presque \u00e0 une exp\u00e9rience live d\u2019analog horror. Angoisse plus qu\u2019existentielle, donc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mais&#8230; <\/h2>\n\n\n\n<p>Cela se laisse bien regarder. Les acteurs sont excellents, comme d\u2019habitude. Mais j\u2019avoue en avoir un peu marre de ces mises en sc\u00e8ne de Racine qui semblent toutes se ressembler : hommes en longs manteaux sur des chemises de lin aux couleurs beige, marron et pastel ; femmes en longues robes unies ; tons languissants, acteurs tr\u00e8s fixes, sans aucun engagement corporel. C\u2019est Braunschweig all over again. Mais en outre, ces anachronismes : les \u00e9crans, certes, mais aussi les notifications twitter pour faire circuler les informations dans le dernier acte. Pourquoi ? C\u2019est incongru, \u00e7a sort imm\u00e9diatement le public de la di\u00e9g\u00e8se. C\u2019est un d\u00e9tail, mais assez significatif \u00e0 mes yeux : comme si Cassiers avait besoin de choquer le public pour montrer qu\u2019il avait apport\u00e9 sa propre touche \u00e0 la pi\u00e8ce de Racine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, le metteur en sc\u00e8ne ne semble pas avoir grand chose \u00e0 dire sur B\u00e9r\u00e9nice. Encore une fois, tout semble tourner autour du twist. Il se saisit du classique de fa\u00e7on ing\u00e9niseuse, mais il aurait pu, je pense, tirer bien plus de fils interpr\u00e9tatifs de ce jeu de doubles. Il aurait pu exploiter bien davantage le potentiel \u00e9motionnel et politique infini des chefs-d\u2019\u0153uvre. Enfin, \u00e7a reste de toute fa\u00e7on du th\u00e9\u00e2tre grand-public. Mais cela devrait \u00eatre le propre du th\u00e9\u00e2tre de plonger dans le politique. Dommage.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full wp-duotone-duotone-1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"375\" height=\"208\" src=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-214\" srcset=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433.png 375w, https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433-300x166.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et encore un. Encore un Racine qu\u2019un metteur en sc\u00e8ne renomm\u00e9 se d\u00e9cide \u00e0 mettre en sc\u00e8ne de fa\u00e7on, \u00e0 mon avis, un peu plate. 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