{"id":423,"date":"2024-09-19T11:44:58","date_gmt":"2024-09-19T09:44:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=423"},"modified":"2024-09-19T11:56:09","modified_gmt":"2024-09-19T09:56:09","slug":"vepres-de-la-vierge-claudio-monteverdi-ensemble-pygmalion-dir-raphael-pichon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2024\/09\/19\/vepres-de-la-vierge-claudio-monteverdi-ensemble-pygmalion-dir-raphael-pichon\/","title":{"rendered":"V\u00eapres de la Vierge \u2013 Claudio Monteverdi \u2013 Ensemble Pygmalion (dir. Rapha\u00ebl Pichon)"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>vu le 18 septembre 2024 \u00e0 la Philharmonie de Paris.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 un certain temps, \u00e9tant petit, dans les environs des orgues et des pierres lisses des \u00e9glises. Monteverdi, au m\u00eame titre que Gesualdo, Haendel ou Couperin, mes parents les ont chant\u00e9s. Je les ai c\u00f4toy\u00e9s \u00e0 distance, en somnolant sur les chaises \u00e0 l\u2019assise de paille des \u00e9glises \u2013 ou, plus tard, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur de ma chambre lorsqu\u2019on r\u00e9p\u00e9tait \u00e0 la maison. Je reconnais ainsi leurs motifs, leurs airs, comme on reconna\u00eet un visage oubli\u00e9 ressurgissant du pass\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il a fallu bien vingt-trois ans pour que je regarde Monteverdi en face : c\u2019est chose faite. Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 un tel spectacle ! Pas de costumes, certes, mais une mise en sc\u00e8ne, oui : celle-ci semble induite par la musique, par son aspect \u00ab h\u00e9t\u00e9roclite \u00bb, prot\u00e9iforme. Les <em>V\u00eapres<\/em> sont une v\u00e9ritable pi\u00e8ce organique, qui respire, change de formation \u00e0 plusieurs reprises, fait dialoguer solistes et ch\u0153urs, r\u00e9citatifs et airs de fa\u00e7on ing\u00e9nieuse et surtout surprenante. Il n\u2019y avait plus qu\u2019\u00e0 ajouter les lumi\u00e8res et \u00e0 r\u00e9gler les mouvements sc\u00e9niques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Rapha\u00ebl Pichon et son ensemble s\u2019en tirent \u00e0 tr\u00e8s bon compte. Ils investissent avec brio l\u2019espace complexe de la Philharmonie pour transporter le public et r\u00e9v\u00e9ler tout le spectaculaire inh\u00e9rent \u00e0 Monteverdi. Pichon le dit lui-m\u00eame : les <em>V\u00eapres <\/em>sont pour lui \u00ab la premi\u00e8re \u0153uvre cin\u00e9matographique de la musique \u00bb. Et c\u2019est vrai : ces fus\u00e9es de sacqueboutes enflamm\u00e9es, ces tresses des th\u00e9orbes autour des cadences titanesques \u2013 \u00e0 plusieurs moments, on se croirait dans Le Seigneur des Anneaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 commencer par le d\u00e9but. Noir dans la salle. Un solo <em>a cappella <\/em>\u00e9clot au sein du public, au milieu du second balcon, tel un appel du muezzin. \u00c9clair\u00e9 par une simple douche de lumi\u00e8re, le chanteur est une luciole dans l\u2019\u00e9paisseur de la nuit. Et soudain, lumi\u00e8res : le ch\u0153ur explose comme un feu d\u2019artifices. J\u2019en ai l\u00e2ch\u00e9 une larme : c\u2019\u00e9tait \u00e9pique !&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au fil du concert, les chanteurs (et les th\u00e9orbistes) ne cessent de mettre \u00e0 profit l\u2019espace pour accentuer les tensions et le drame. Phrases qui commencent sur sc\u00e8ne et se terminent dans les balcons, \u00e9tablissant ainsi un dialogue entre deux solistes \u00e0 trente m\u00e8tres de distance. Soliste qui se place tout au bout du deuxi\u00e8me balcon-falaise, comme au bord d\u2019une jet\u00e9e, implorant la Vierge dans un implacable silence, accompagn\u00e9e d\u2019un simple accord continu. Orgue sous-marin, qui chuchote pour accompagner l\u2019air t\u00e9nor circulant comme un ruisseau dans la salle. Ch\u0153ur qui chante depuis les coulisses, comme si les voix nous parvenaient de l\u2019au-del\u00e0\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu des lumi\u00e8res, bien que peu subtil, suit les grands mouvements sc\u00e9nographiques en leur cr\u00e9ant l\u2019atmosph\u00e8re appropri\u00e9e : bleu lunaire pour le solo de la falaise, lumi\u00e8re ensoleill\u00e9e pour les \u00ab <em>Amen<\/em> \u00bb grandioses. Et surtout, les petits lampions qui signalent les marches, qui se transforment dans la lumi\u00e8re tamis\u00e9e en tapis de constellations. De salle de concert \u00e0 cath\u00e9drale, de cath\u00e9drale \u00e0 firmament, Pygmalion sculpte la salle pour en faire \u00e9pouser les courbes aux phrases de Monteverdi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors certes, deux heures de Monteverdi c&rsquo;est parfois long. Les deux jeunes femmes assises \u00e0 ma droite n&rsquo;ont pas tenu et sont parties (en plein milieu d&rsquo;un chant&#8230;). \u00c0 chacun sa sensibilit\u00e9. Mais c&rsquo;est vrai : il y a des longueurs, des moments o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9croche : c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9, \u00e0 mon avis, le ballet des chanteurs, les voix se d\u00e9clarant d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la salle, la mise en sc\u00e8ne prennent le relais. C&rsquo;est finalement comme un road-trip. Il y a des moments tr\u00e8s longs, des lignes droites, des paysages qui se ressemblent tous \u2013 et soudain, \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e d&rsquo;une for\u00eat, au sommet d&rsquo;une pente, au d\u00e9tour d&rsquo;un virage, un paysage, une harmonie se d\u00e9voile. Et \u00e7a valait le coup d&rsquo;attendre. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir l\u00e0, la musique sacr\u00e9e a pris pour moi toute son ampleur. La composante h\u00e9r\u00e9ditaire joue forc\u00e9ment beaucoup : je renoue avec des souvenirs de mon enfance. Et pourtant, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de penser qu\u2019il y a quelque chose d\u2019autre dans cette musique. Un souffle. Une inspiration divine ? Cela me semble \u00eatre pourtant bien au-del\u00e0 de la religion \u2013 je ne suis d\u2019ailleurs ni croyant ni baptis\u00e9. Il y a du mystique dans la musique sacr\u00e9e.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized wp-duotone-duotone-1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"577\" height=\"433\" src=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-09-24-18-21-52-089-removebg-preview.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-218\" style=\"width:240px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-09-24-18-21-52-089-removebg-preview.png 577w, https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-09-24-18-21-52-089-removebg-preview-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai pass\u00e9 un certain temps, \u00e9tant petit, dans les environs des orgues et des pierres lisses des \u00e9glises. 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