{"id":408,"date":"2024-05-12T13:58:27","date_gmt":"2024-05-12T11:58:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=408"},"modified":"2024-05-12T13:58:27","modified_gmt":"2024-05-12T11:58:27","slug":"pina-bausch-sweet-mambo-tantztheater-wuppertal-terrain-boris-charmatz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2024\/05\/12\/pina-bausch-sweet-mambo-tantztheater-wuppertal-terrain-boris-charmatz\/","title":{"rendered":"Pina Bausch \u2018Sweet Mambo\u2019 &#8211; Tantztheater Wuppertal + Terrain Boris Charmatz"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>vu le 3 mai au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville &#8211; Sarah Bernhardt<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Au vu de l\u2019engouement que provoque Pina Bausch, j\u2019avais un peu renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019obtenir une place. J\u2019y suis finalement parvenu <em>in extremis<\/em>, au moyen d\u2019obscures manigances. Le jeu en valait la chandelle. Je n\u2019avais que des souvenirs assez diffus de <em>Nef\u00e9s<\/em>, le dernier spectacle de la compagnie que j\u2019avais vu : de l\u2019eau qui s\u2019accumule sur sc\u00e8ne, des danseurs-personnages qui font voler les gouttes en flottant dans les airs\u2026 C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Il \u00e9tait temps de se rafra\u00eechir la m\u00e9moire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Sweet Mambo \u2022 Pina Bausch Tanztheater Wuppertal + Terrain | Teaser\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/ZD6Xefiwjlg?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Un petit trailer vaut mieux qu&rsquo;un long discours.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:32px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des motifs qui rendent le spectacle vivant<\/h2>\n\n\n\n<p>Sweet Mambo a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2009. Pr\u00e9 \u00ab me too \u00bb, donc. Pourtant dans la premi\u00e8re partie, lid\u00e9e qui se d\u00e9gage de la sc\u00e8ne est claire. Les hommes ne dansent pas, les femmes semblent danser pour les hommes. Les hommes encadrent les femmes, les dominent, les guident. Ils sont en costume sombre, elles ont les robes l\u00e9g\u00e8res, signatures de Pina Bausch. Sur des draps qui tombent et se rel\u00e8vent, refl\u00e9tant ainsi les mouvements de chute des danseuses, est diffus\u00e9 un film de 1938 (<em>Der Blaufuchs<\/em>, de Viktor Tourjansky), o\u00f9 l\u2019on voit une femme entour\u00e9e d\u2019hommes qui la regardent. Les draps forment plusieurs plans. Le regard est diffract\u00e9. Est-ce l\u00e0 une sorte de repr\u00e9sentation subliminale d\u2019un esprit fractur\u00e9, qui donne une sensation de d\u00e9faillance, de perte ? C\u2019est une interpr\u00e9tation un peu grossi\u00e8re, mais qui n\u2019en est peut-\u00eatre pas moins juste.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a par ailleurs d\u2019autres jeux avec ces draps. Lors d\u2019un solo magnifique d\u2019une des danseuses, un des pendrillons sur le c\u00f4t\u00e9 est gonfl\u00e9 par un grand jet d\u2019air. Il prend la forme d\u2019un cumulonimbus, d\u2019un placenta, d\u2019un immense spectre ou bien m\u00eame d\u2019une tumeur. On peut y voir ce qu\u2019on souhaite. Ils sont \u00e0 la fois une respiration et une cl\u00f4ture de l\u2019espace. Pina Bausch utilise beaucoup d\u2019objets (seaux, chaussures enlev\u00e9es et remises, draps dans lesquels les personnages se laissent tomber). On pourrait croire \u00e0 des gimmicks, des proc\u00e9d\u00e9s qui font bien \u00e0 un moment, mais qui sont sans profondeur en r\u00e9alit\u00e9. Ce n\u2019est pas le cas. Chaque geste, chez Pina Bausch, est un motif, un motif r\u00e9current. Chaque seau renvers\u00e9 ou chaussure enlev\u00e9e, d\u00e9finit la relation des danseurs-personnages. C\u2019est bien une relation de domination masculine. Il est d\u2019ailleurs ais\u00e9 de voir dans les chaussures et les seaux une \u00e9vocation de Cendrillon. Le motif le plus marquant est \u00e9videmment celui qui sert d\u2019illustration de couverture au programme : une danseuse tente, en boucle, d\u2019aller vers l\u2019avant-sc\u00e8ne. Mais elle est sans cesse saisie et ramen\u00e9e par deux hommes qui la ram\u00e8nent sans plus de c\u00e9r\u00e9monie. Cela devient une v\u00e9ritable phrase r\u00e9p\u00e9t\u00e9e encore et encore au fil du spectacle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ici, pas besoin de prince charmant. Les danseuses s\u2019avancent \u00e0 l\u2019avant sc\u00e8ne, rappellent leur nom au public avant de danser. L\u2019identit\u00e9 unique \u00e0 chaque danseuse est rappel\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement. Les nombreuses introductions parl\u00e9es permettent de donner une id\u00e9e du caract\u00e8re du personnage-danseur ; puis le monologue ou le dialogue se poursuit dans la danse. Les danseuses ne sont pas des rouages dans la m\u00e9canique g\u00e9n\u00e9rale d\u2019un ballet millim\u00e9tr\u00e9. Elle continuent de sourire en dansant, en prenant directement le public comme t\u00e9moin. Le public \u00e9tant ainsi inclus, le malaise peut \u00eatre d\u2019autant plus grand lorsqu\u2019il n\u2019a plus acc\u00e8s au regard des danseuses et que celles-ci sont manipul\u00e9es ou tourment\u00e9es par les figures masculines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La diversit\u00e9 des personnages-acteurs : un atout pour le spectaculaire<\/h2>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019autant plus fort que les personnages-danseurs ne sont pas jeunes. Ils ont l\u2019air d\u2019avoir, en moyenne, dans la cinquantaine. Ce sont des corps marqu\u00e9s par les veines, quelques rides et la calvitie pour les hommes. Il y a aussi des femmes plus rondes, qui ne collent pas au physique filiforme qu\u2019on associe plus naturellement aux danseuses du Tanztheater. Mais ils n\u2019en sont pas moins magnifiques et touchants, au contraire. Il y a un spectaculaire tr\u00e8s simple : on est boulevers\u00e9s de voir des corps relativement \u00e2g\u00e9s adopter aussi facilement le langage corporel \u00e9th\u00e9r\u00e9 de Pina Bausch. C\u2019est peut-\u00eatre un peu niais, mais c\u2019est vrai ! D\u2019ailleurs, je ne l\u2019ai pas vu, mais il me semble que c\u2019\u00e9tait le principe de spectacles comme <em>Kontakthof<\/em> qui faisait danser des personnes de plus de 65 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e2ge joue aussi un r\u00f4le dans un des questionnements centraux du spectacle : la sexualisation du corps. Le corps du danseur est amen\u00e9, chez Pina Bausch, \u00e0 \u00eatre d\u00e9sexualis\u00e9 : on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la beaut\u00e9 et \u00e0 la sensualit\u00e9 du corps en mouvement, non \u00e0 sa sensualit\u00e9 intrins\u00e8que : qu\u2019importe si le sein d\u2019une danseuse sort de sa bretelle lors d\u2019un solo. En outre, ce sont des corps assez \u00e2g\u00e9s, donc, qu\u2019on associe moins \u00e0 la sexualit\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral. Et pourtant plusieurs sc\u00e8nes ont un caract\u00e8re \u00e9rotique bien prononc\u00e9. On notera tout particuli\u00e8rement la danseuse qui descend demander \u00e0 un homme au premier rang du public de d\u00e9zipper sa robe. Puis les figures masculines frotter leurs joues contre le dos des danseuses, d\u00e9voil\u00e9 par leurs bretelles rabaiss\u00e9es. La sensualit\u00e9 est-elle une prison ou un \u00e9chappatoire ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la deuxi\u00e8me partie, les hommes se mettent \u00e0 danser. Un solo en particulier, particuli\u00e8rement physique et virtuose, est \u00e0 couper le souffle. Il ne s\u2019agit pas cependant de cr\u00e9er une dynamique binaire en \u00e9quilibrant la premi\u00e8re partie. Il ne s\u2019agit pas de dire : les hommes sont m\u00e9chants, mais cependant <em>not all men<\/em>. Pour moi : la premi\u00e8re partie \u00e9tablit une situation de domination. La deuxi\u00e8me partie \u00e9labore sur le contact entre les diff\u00e9rents personnages dans ce cadre. Il n\u2019y a plus de message clair ou de revendications : simplement des rencontres entre diff\u00e9rents personnages-danseurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne m\u2019\u00e9tends pas plus. C\u2019est un spectacle vivant, ancr\u00e9 dans le pr\u00e9sent, m\u00eame s\u2019il a bient\u00f4t quinze ans. Par la r\u00e9p\u00e9tition des motifs, par la sinc\u00e9rit\u00e9 et la spontan\u00e9it\u00e9 de la danse, l\u2019anecdotique devient spectaculaire, et le spectaculaire devient sublime.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au vu de l\u2019engouement que provoque Pina Bausch, j\u2019avais un peu renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019obtenir une place. J\u2019y suis finalement parvenu in extremis, au moyen d\u2019obscures manigances. Le jeu en valait la chandelle. 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