{"id":340,"date":"2024-02-21T17:10:21","date_gmt":"2024-02-21T16:10:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=340"},"modified":"2024-02-21T17:10:21","modified_gmt":"2024-02-21T16:10:21","slug":"les-emigrants-mise-en-scene-de-krystian-lupa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2024\/02\/21\/les-emigrants-mise-en-scene-de-krystian-lupa\/","title":{"rendered":"Les \u00c9migrants &#8211; mise en sc\u00e8ne de Krystian Lupa"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>vu le 31 janvier 2024 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.521), 19px);\">Quelle dr\u00f4le d\u2019exp\u00e9rience que cette pi\u00e8ce. Devenue un vrai \u00e9v\u00e9nement m\u00e9diatique apr\u00e8s qu\u2019elle fut annul\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, puis \u00e0 Avignon, en raison de \u00ab divergences sur la philosophie de travail \u00bb avec l\u2019\u00e9quipe technique du th\u00e9\u00e2tre suisse, la cr\u00e9ation de Lupa fut ensuite aussi d\u00e9programm\u00e9e du Maillon \u00e0 Strasbourg faute de budget. Mais elle arrive enfin sur les planches de l\u2019Od\u00e9on. <strong>Dr\u00f4le d\u2019exp\u00e9rience dis-je, car ce fut sans doute le pire moment que j\u2019ai pass\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre cette ann\u00e9e. Et pourtant, que ce soit mes profs de fac ou ceux de pr\u00e9pa que je suis encore sur les r\u00e9seaux, tous semblent avoir appr\u00e9ci\u00e9 \u2013 au moins en partie, si ce n\u2019est dans son int\u00e9gralit\u00e9 \u2013 la pi\u00e8ce.\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Essayons, cette fois, d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement synth\u00e9tique et de pondre un compte-rendu rapide. Il faut bien noter cependant que cette pi\u00e8ce de 4h30 m\u00e9rite qu\u2019on parle d\u2019elle, en bien ou en mal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lupa adapte une partie du roman de W. G. Sebald, <em>Les \u00c9migrants<\/em>. Sebald retrace le parcours de quatre personnages en exil dans un roman extr\u00eamement dense et riche. Ils migrent tous vers les \u00c9tats-Unis, l\u2019Angleterre ou la France, pour certains d\u2019entre eux, en raison de leurs origines juives. Lupa d\u00e9cide de ne se saisir que de deux de ces personnages. L\u2019instituteur, Paul Bereyter, et l\u2019oncle du narrateur, Ambros Adelwarth. Je n\u2019ai pas lu le livre et ne pourrai donc pas comparer adroitement le mat\u00e9riau d\u2019origine \u00e0 son adaptation. Mais je n\u2019en ai pas tellement besoin pour parler du spectacle en lui-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas grand chose \u00e0 dire du fond qui, en somme, \u00e0 tout pour bouleverser le spectateur. Je me risquerai m\u00eame \u00e0 supposer que ceux que le spectacle a boulevers\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement remu\u00e9 par les histoires que Lupa retranscrit avec une virtuosit\u00e9 qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 lui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized wp-duotone-duotone-1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"577\" height=\"433\" src=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/IMG_20200329_141935-removebg-preview.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-183\" style=\"width:241px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/IMG_20200329_141935-removebg-preview.png 577w, https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/IMG_20200329_141935-removebg-preview-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un spectacle \u00e0 la technique impressionnante.<\/h2>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons donc par le plus marquant, ce qui fonctionne : la technique. Lupa est un ma\u00eetre, depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, de l\u2019\u00e9cran au th\u00e9\u00e2tre. Un cadre rouge \u00e9clairant faiblement la salle, pr\u00e9sence aussi rassurante et chaleureuse que profond\u00e9ment angoissante par moments, d\u00e9limite la bo\u00eete sc\u00e9nique. Derri\u00e8re cette d\u00e9limitation n\u00e9on, c\u2019est l\u2019espace du pr\u00e9sent, de l\u2019action. Mais le cadre sert aussi de support \u00e0 un \u00e9cran transparent, sur lequel des s\u00e9quences film\u00e9es sont diffus\u00e9es tout au long du spectacle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois l\u2019\u00e9cran est \u00e0 demi-baiss\u00e9, comme s\u2019il repr\u00e9sentait un espace mental au-dessus des spectateurs et des personnages sur sc\u00e8ne. \u00c0 un moment, le narrateur est au t\u00e9l\u00e9phone avec une femme qu\u2019il interviewe : celle-ci n\u2019appara\u00eet pas sur sc\u00e8ne mais \u00e0 l\u2019\u00e9cran qui est cette fois enti\u00e8rement baiss\u00e9. Elle est d\u00e9tour\u00e9e, sans arri\u00e8re-fond, comme si elle \u00e9tait un hologramme, tandis que son interlocuteur est visible par transparence sur sc\u00e8ne, en chair et en os. Une bien belle repr\u00e9sentation de la distance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les th\u00e8mes sont durs. L\u2019instituteur, Bereyter, souffre profond\u00e9ment de ses difficult\u00e9s \u00e0 enseigner pendant la guerre qu\u2019il abhorre. Lupa choisit de d\u00e9velopper sa relation avec la femme qu\u2019il aime, Helen, qui n\u2019est pourtant qu\u2019\u00e9voqu\u00e9e en une page chez Sebald. Dans une longue sc\u00e8ne, il d\u00e9veloppe leur s\u00e9paration lors d\u2019une nuit o\u00f9 ils peinent tous deux \u00e0 dormir, tourment\u00e9s par leurs propres probl\u00e8mes relationnels, et leurs positions respectives face \u00e0 la guerre et \u00e0 l\u2019enseignement. La deuxi\u00e8me partie est d\u2019autant plus dure qu\u2019elle se d\u00e9roule en partie dans un h\u00f4pital psychiatrique o\u00f9 fut intern\u00e9 Ambros Adelwarth et son amant Cosmo Solomon. L\u2019h\u00f4pital tombe en ruine et Ambros, qui appara\u00eet comme un spectre, hante le lieu comme une \u00e2me d\u00e9chir\u00e9e, tandis que le narrateur s\u2019aventure dans l\u2019endroit pour s\u2019entretenir avec le dernier homme qui y vit. La vision du dispositif barbare des chaises d\u00e9di\u00e9es aux traitements \u00e0 \u00e9lectrochocs est absolument glaciale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je retiens chez mes professeurs les expressions de profonde \u00ab m\u00e9lancolie \u00bb, de spectacle \u00ab touchant \u00bb. Il est vrai que Lupa aborde des sujets terribles de la fa\u00e7on la plus puissante et touchante qui soit : par des histoires intimes, et par le th\u00e9\u00e2tre. Il r\u00e9anime des histoires d\u2019exil, de s\u00e9paration et de mort par le jeu des acteurs, ce qui n\u2019est absolument pas un geste anodin. Il fait revivre l\u2019intimit\u00e9 de ces personnes \u00e0 des acteurs, il les rapporte au pr\u00e9sent. La sc\u00e8ne est un vecteur d\u2019\u00e9motion ph\u00e9nom\u00e9nal. Je citerais \u00e0 ce propos le petit texte publi\u00e9 sur les r\u00e9seaux de mon professeur de kh\u00e2gne qui d\u00e9fend bec et ongles la pi\u00e8ce :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-base-2-background-color has-background has-small-font-size\">Sauf que c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il fallait faire, pour transformer l\u2019espace d\u2019une sc\u00e8ne en chose mentale, donner \u00e0 voir le feuillet\u00e9 de la m\u00e9moire et le travail de l\u2019imagination, rendre sensible ce qui se passe sous la paupi\u00e8re, faire progressivement surgir les morts et d\u00e9couvrir que, plong\u00e9s dans la catastrophe de la guerre civile europ\u00e9enne et vivant comme ils purent leur juda\u00eft\u00e9 ou leur homosexualit\u00e9, ils ne furent jamais l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient.\u00a0<sup data-fn=\"508ff6d3-1a7c-4f03-8f50-dd5c565c7548\" class=\"fn\"><a href=\"#508ff6d3-1a7c-4f03-8f50-dd5c565c7548\" id=\"508ff6d3-1a7c-4f03-8f50-dd5c565c7548-link\">1<\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Ses mots sont extr\u00eamement justes, mais je ne peux simplement pas changer ma r\u00e9ception du spectacle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/PROGRAMME_EMIGRANTS.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Programme disponible \u00e0 l&apos;adresse : https:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/saison-2023-2024\/spectacles-2023-2024\/les-emigrants.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-65628cc8-3e87-4c9e-b6c8-8531beb2ac4d\" href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/PROGRAMME_EMIGRANTS.pdf\">Programme disponible \u00e0 l&rsquo;adresse : https:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/saison-2023-2024\/spectacles-2023-2024\/les-emigrants<\/a><a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/PROGRAMME_EMIGRANTS.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-65628cc8-3e87-4c9e-b6c8-8531beb2ac4d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un spectacle anti-spectateur<\/h2>\n\n\n\n<p>Il faut dire d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il me manque, comme pour le spectacle du Radeau, tout un bagage historique. Lupa est d\u00e9sormais un metteur en sc\u00e8ne tr\u00e8s \u00e2g\u00e9, et ce spectacle arrive \u00e0 la suite de nombreux autres. Peut-\u00eatre que j\u2019aurais pu mieux comprendre certaines de ses r\u00e9f\u00e9rences, peut-\u00eatre que j\u2019aurais pu mieux comprendre ses objectifs dramaturgiques, que j\u2019aurais pu voir le travail \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Mais le fait est que je n\u2019avais pas ces r\u00e9f\u00e9rences, que j\u2019ai vu le spectacle comme un spectateur presque lambda. Et comme je l\u2019ai entendu, il me semble, dans l\u2019\u00e9mission de Joseph Confavreux <em>L\u2019esprit critique,<\/em> ce spectacle n\u2019est pas fait pour le spectateur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Une virtuosit\u00e9 et des r\u00e9f\u00e9rences insaisissables pour le profane<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par les \u00e9crans. C\u2019est bien l\u2019usage le plus adroit et virtuose \u2013 sans \u00eatre pr\u00e9tentieux pour autant \u2013 de ces technologies que j\u2019aie vu au th\u00e9\u00e2tre. Une autre de mes profs disait que sur une semaine o\u00f9 tous les soirs elle avait vu des \u00e9crans au th\u00e9\u00e2tre, c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre une des seules o\u00f9 le spectacle se d\u00e9marquait vraiment, o\u00f9 les \u00e9crans \u00e9taient utilis\u00e9s de fa\u00e7on pertinente et int\u00e9ressante. Malheureusement, c\u2019\u00e9tait pour moi une source de constante frustration. Soit ils descendaient \u00e0 un moment o\u00f9 je voulais voir plus de sc\u00e8ne, de vivant ; soit ils remontaient quand ce qui se passait sur sc\u00e8ne m\u2019ennuyait profond\u00e9ment. Mention sp\u00e9ciale \u00e0 tout le d\u00e9but de la seconde partie, apr\u00e8s l\u2019entracte, o\u00f9 on ne comprend absolument plus rien de ce qui se passe entre la sc\u00e8ne et l\u2019\u00e9cran, dans un maelstrom d\u2019images et de sons.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>On sent bien que chaque mouvement sc\u00e9nographique est calibr\u00e9, mesur\u00e9, et renvoie \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence particuli\u00e8re. Le novice tel que moi n\u2019aurait jamais vu, par exemple, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>La Classe Morte <\/em>de Kantor dans la premi\u00e8re partie : comme dans la pi\u00e8ce de Kantor, des vieillards (dont le narrateur), s&rsquo;assoient aux bancs de l\u2019\u00e9cole o\u00f9 Bereyter avait \u00e9t\u00e9 leur instituteur. Combien d\u2019images telles que celles-ci j\u2019ai pu manquer ? Dans un film tourn\u00e9 dans l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, le nom d\u2019Artaud est inscrit au-dessus d\u2019une porte. Jamais je n\u2019aurais fait la liaison avec le c\u00e9l\u00e8bre Antonin. Il a fallu que ma prof me le fasse remarquer lorsque nous discutions de la pi\u00e8ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre des exigences requises par cette minutie incroyable que la dissension entre Lupa et ses techniciens \u00e0 Gen\u00e8ve est n\u00e9e. Il semble en effet que ceux-ci \u00e9taient \u00e9reint\u00e9s de subir les directions autoritaires du metteur en sc\u00e8ne. Je ne me prononcerai pas sur ce que ce conflit dit de l\u2019\u00e9volution du paysage th\u00e9\u00e2tral et du besoin d\u2019un renouveau de metteurs et metteuses en sc\u00e8ne sur les sc\u00e8nes nationales. Au demeurant, cela ne devrait pas porter pr\u00e9judice au fond du spectacle. Et pourtant, je ne peux m\u2019emp\u00eacher que le manque d\u2019humanit\u00e9 que j\u2019ai ressenti du spectacle refl\u00e8te un m\u00eame manque d\u2019humanit\u00e9 de la part du metteur en sc\u00e8ne. En \u00e9crivant ces mots, je les regrette ; j\u2019ai l\u2019impression de d\u00e9tourner un conflit qui n\u2019est pas le mien de fa\u00e7on hypocrite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Les improvisations, \u00e0 faire fuir le public<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Et pourtant, il faut dire que ces quatre heures sont longues pour le spectateur. Lupa travaille, outre les \u00e9crans, les improvisations. Les acteurs doivent entrer dans la peau des personnages dans des s\u00e9quences interminables d\u2019improvisation de quinze ou vingt minutes. Il y en a notamment trois, une entre Paul Bereyter et Helen sur le point de se s\u00e9parer, une autre cette fois avec Lucy Landau qui a accompagn\u00e9 Bereyter dans son exil en France, et enfin une entre les deux amants Ambros Adelwarth et Cosmo Solomon. Mais, comme le notaient les critiques du Masque sur France Inter (si je ne m\u2019abuse), les acteurs fran\u00e7ais ne sont absolument pas habitu\u00e9s \u00e0 ce genre d\u2019exercice que Lupa pratique d\u2019habitude avec ses com\u00e9diens polonais.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le dire vite, c\u2019est pour moi assez catastrophique. Dans les trois cas, les acteurs patinent, s\u2019embourbent dans des situations qui n\u2019en finissent pas. Helen et Lycu Landau veulent toutes les deux sortir de l\u2019espace sc\u00e9nique et quitter Bereyter. Mais ne le peuvent pas. Combien de fois il semble que les actrices ne savent plus quoi dire et r\u00e9p\u00e8tent \u00ab Paul\u2026 \u00bb pour combler, tandis que le concern\u00e9 se morfond dans son apathie. Apathie tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, puisqu\u2019on conna\u00eet la gravit\u00e9 des situations des personnages et le poids de leurs d\u00e9mons, de leurs luttes personnelles. Mais on ne peut juste pas s\u2019attacher \u00e0 eux, ces sc\u00e8nes sont bien trop irritantes. Il en va de m\u00eame pour le couple des deux hommes, qui arrive en outre apr\u00e8s l\u2019entracte. J\u2019ai vu beaucoup de personnes quitter la salle lorsqu\u2019ils ont compris qu\u2019une autre s\u00e9quence improvis\u00e9e \u00e9tait sur le point d\u2019avoir lieu. Je suis rest\u00e9 jusqu\u2019au bout, par bonne conscience. Mais ce fut honn\u00eatement douloureux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Un jeu qui, m\u00eame autrement, semble dysfonctionnel<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, je trouve que le jeu des acteurs, m\u00eame en dehors de ces improvisations, n\u2019\u00e9tait pas convaincant. Il y a eu, \u00e0 mon avis, un r\u00e9el probl\u00e8me de direction. Pour ma part, cela s\u2019est traduit par un sentiment de malaise, notamment dans la premi\u00e8re partie, lorsque Paul Bereyter se trouvait face \u00e0 sa classe ou face \u00e0 Helen. Je n\u2019ai \u00e9videmment aucun probl\u00e8me avec Manuel Vallade, l\u2019interpr\u00e8te, ni son jeu de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale. Mais ici, je trouvais qu\u2019il manquait de subtilit\u00e9 et de profondeur. C\u2019est peut-\u00eatre aussi d\u00fb aux \u00e9crans, qui offrent au spectateur une vision bien plus claire du visage des acteurs. Ils fixent donc des attentes qui ne sont pas les m\u00eames que celles qu\u2019on a vis-\u00e0-vis de com\u00e9diens de th\u00e9\u00e2tre.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais d\u00e8s le d\u00e9but l\u2019impression de me retrouver face \u00e0 une sorte de best-off de moments phares du roman, que Lupa me faisait sauter d\u2019une sc\u00e8ne \u00e0 une autre, et que les interpr\u00e8tes \u00e9taient emport\u00e9s eux aussi dans cette frustrante travers\u00e9e. \u00c0 chaque sc\u00e8ne qui aurait d\u00fb \u00eatre comme un coup de poing \u00e9motionnel, je n\u2019y croyais pas, j\u2019\u00e9tais g\u00ean\u00e9 par l\u2019\u00e9cart entre ce que je devrais ressentir et ce que provoquait chez moi le spectacle. Je pense notamment \u00e0 cette sc\u00e8ne o\u00f9 les enfants jouent \u00e0 la guerre avec un ancien canon et que Paul Bereyter. Enfants et personnes \u00e2g\u00e9es imitent les mitraillettes, puis Bereyter s\u2019offusque, \u00e0 juste titre. Mais rien dans cette sc\u00e8ne ne fonctionne. Le rythme ne fonctionne pas. Le passage du film \u00e0 la sc\u00e8ne d\u00e9cr\u00e9dibilise celle-ci qui semble n\u2019\u00eatre qu\u2019une parodie de ce qu\u2019on a vu \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Aujourd\u2019hui, on parlerait de \u00ab cringe \u00bb.\u00a0<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Je ne m\u2019\u00e9tendrai pas plus. Je vous conseille l\u2019\u00e9mission de <em>L\u2019esprit critique<\/em> consacr\u00e9e \u00e0 Lupa. Les intervenants, toujours de grande qualit\u00e9, ont un avis moins tranch\u00e9, et surtout bien plus renseign\u00e9 que le mien. Il n\u2019en reste pas moins que je suis sorti de la pi\u00e8ce chamboul\u00e9, mais pas pour les bonnes raisons. D\u2019abord en raison de l\u2019\u00e9cart entre ce que j\u2019aurais d\u00fb ressentir et le sentiment de g\u00eane qui a \u00e9merg\u00e9 en moi \u00e0 la place. Ensuite \u00e0 cause des hu\u00e9es : c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que j\u2019entendais, lors des saluts, des spectateurs ouvertement huer les techniciens et les acteurs. Je ne sais pas trop \u00e0 quoi attribuer les hu\u00e9es : est-ce une vengeance pour les techniciens de Gen\u00e8ve ? Ou bien est-ce pour les spectateurs, malmen\u00e9s par un spectacle bien trop long, tournant le dos \u00e0 son public ?<\/p>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"508ff6d3-1a7c-4f03-8f50-dd5c565c7548\">Publication Instagram de @philippe.duke du 18 janvier <a href=\"#508ff6d3-1a7c-4f03-8f50-dd5c565c7548-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle dr\u00f4le d\u2019exp\u00e9rience que cette pi\u00e8ce. Devenue un vrai \u00e9v\u00e9nement m\u00e9diatique apr\u00e8s qu\u2019elle fut annul\u00e9e \u00e0 la Com\u00e9die de Gen\u00e8ve, puis \u00e0 Avignon, en raison de \u00ab divergences sur la philosophie de travail \u00bb avec l\u2019\u00e9quipe technique du th\u00e9\u00e2tre suisse, la cr\u00e9ation de Lupa fut ensuite aussi d\u00e9programm\u00e9e du Maillon \u00e0 Strasbourg faute de budget. 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