{"id":323,"date":"2024-01-23T21:12:52","date_gmt":"2024-01-23T20:12:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=323"},"modified":"2024-03-11T12:14:00","modified_gmt":"2024-03-11T11:14:00","slug":"40-sous-zero-creation-du-munstrum-theatre-mise-en-scene-de-louis-arene","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2024\/01\/23\/40-sous-zero-creation-du-munstrum-theatre-mise-en-scene-de-louis-arene\/","title":{"rendered":"40\u00b0 sous z\u00e9ro &#8211; cr\u00e9ation du Munstrum Th\u00e9\u00e2tre, mise en sc\u00e8ne de Louis Ar\u00e8ne"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>vu le 11 janvier 2024 au Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le Rond-Point accueille cette saison trois spectacles du Munstrum Th\u00e9\u00e2tre, compagnie cr\u00e9\u00e9e par Louis Ar\u00e8ne et Lionel Lingelser. Le talent artistique du Munstrum est d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tabli et leur succ\u00e8s est indubitable \u2013 \u00e0 tel point qu\u2019il devient difficile de r\u00e9cup\u00e9rer sa place au guichet tellement le th\u00e9\u00e2tre fourmille de monde. Le jour de la repr\u00e9sentation, le personnel avait visiblement du mal \u00e0 g\u00e9rer le flot de spectateurs. <strong>Mais cela vaut le coup de se battre : pour faire court, il faut voir les spectacles du Munstrum.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"40\u00b0 sous z\u00e9ro de Copi, Munstrum Th\u00e9\u00e2tre et Louis Arene - Th\u00e9\u00e2tre du Rond-Point\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YGvQLs7wh7A?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le trailer du spectacle !<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une r\u00e9trospective du Munstrum au Rond-Point<\/h2>\n\n\n\n<p>Je me permets de revenir rapidement sur les deux autres spectacles. En plus de <em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em> sont programm\u00e9s <em>Les poss\u00e9d\u00e9s d\u2019Illfurth<\/em>, un seul en sc\u00e8ne de Lionel Lingelser, et <em>Le Mariage forc\u00e9<\/em>, la farce de Moli\u00e8re mise en sc\u00e8ne l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re par Louis Ar\u00e8ne \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun de ces spectacles, tous deux tr\u00e8s courts, est un petit bijou. Dans <em>Le Mariage<\/em>, Ar\u00e8ne conserve le masque, sa marque de fabrique. La sc\u00e8ne devient une bo\u00eete cubique dont absolument tout peut \u00e9merger de chacune des parois. Les personnages masqu\u00e9s deviennent eux-m\u00eames une partie du dispositif, ils semblent \u00eatre faits du m\u00eame mat\u00e9riau que les d\u00e9cors. En une heure, c\u2019est un festival de burlesque spectaculaire et explosif. J\u2019en suis sorti souffl\u00e9, estomaqu\u00e9. Les <em>Poss\u00e9d\u00e9s<\/em>, c\u2019est un projet plus personnel, sans masque, de Lingelser en collaboration avec Yann Verburgh \u00e0 l\u2019\u00e9criture. C\u2019est un peu d\u2019autofiction, et un peu de pari : Lionel Lingelser lui-m\u00eame nous r\u00e9v\u00e9lait en bord-plateau que ce solo \u00e9tait aussi l\u2019occasion de faire au th\u00e9\u00e2tre tout ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait interdit jusque l\u00e0 : voix, accents, mimes\u2026 Mais tout se m\u00e9lange \u00e0 merveille. C\u2019est un r\u00e9cit touchant qui part de l\u2019imaginaire d\u2019enfant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas toujours \u00e9t\u00e9 100% convaincu par les spectacles du Munstrum. <em>Zypher Z,<\/em> une forme de dystopie animale et onirique, m\u2019avait ainsi un peu laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 par un r\u00e9cit que je trouvais sacrifi\u00e9 au profit de l\u2019esth\u00e9tique. Mais quelle esth\u00e9tique : le Munstrum a une vraie patte visuelle rep\u00e9rable dans tous les spectacles. C\u2019est tr\u00e8s noir, d\u00e9sincarn\u00e9, tortur\u00e9 ; parfois loufoque et charg\u00e9 ; parfois lisse et \u00e9pur\u00e9. La sc\u00e9nographie raconte parfois autant que les paroles dans leurs spectacles. Et surtout, les masques. Lionel Lingelser et Louis Ar\u00e8ne se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans la confection de masques dans une mati\u00e8re \u00e9vocatrice du latex. Pr\u00e9sents dans quasiment toutes leurs cr\u00e9ations, ceux-ci sont un terrain infini d\u2019exp\u00e9rimentations et de recherches. Ils parviennent \u00e0 les faire r\u00e9sonner de fa\u00e7on diff\u00e9rente pour chacun des spectacles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un rire paradoxal<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais assez d\u2019introduction, restons concis. <em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em> se compose de deux pi\u00e8ces de Copi qui scindent donc le spectacle en deux : <em>L\u2019Homosexuel<\/em>, d\u2019abord, puis <em>Les Quatre Jumelles.<\/em> Copi est franchement difficile \u00e0 lire. Lorsque j\u2019avais essay\u00e9 de lire les deux pi\u00e8ces dans la perspective d\u2019un atelier, je n\u2019en \u00e9tais m\u00eame pas parvenu au terme : c\u2019\u00e9tait trop trash, \u00e0 la limite de l\u2019inconcevable. Je ne pouvais pas me repr\u00e9senter ce que je lisais. C\u2019est un savant m\u00e9lange d\u2019extr\u00eame violence, d\u2019absurde et de vulgaire, le tout dans un environnement glacial. Mais c\u2019est que Copi a besoin d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9, d\u2019\u00eatre jou\u00e9, pour que tous ses engrenages se mettent en marche, pour que soudain le spectateur puisse faire sens de ce que le lecteur avait \u00e9chou\u00e9 \u00e0 d\u00e9crypter. En assistant \u00e0 <em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em>, j\u2019ai ri de bon c\u0153ur, d\u2019un rire franc. On rit de l\u2019\u00e9loquence et de l\u2019outrance de ses personnages, des situations innommables dans lesquelles ils sont impliqu\u00e9s. Au point qu\u2019on se demande, l\u00e0 encore, si on peut rire de tout \u2013 il faut dire que Copi \u00e9tait dessinateur pour <em>Hara-Kiri<\/em> et <em>Charlie Hebdo <\/em>dans les ann\u00e9es 1970 et 1980.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>L\u2019Homosexuel<\/em>, trois personnages transgenres (Irina, Madre et Mme Garbo), ultra-sexualis\u00e9s, se confrontent les uns aux autres dans un habitacle frigorifique en Sib\u00e9rie. Au bout de quelques minutes seulement, Irina \u00ab chie \u00bb un f\u0153tus, imm\u00e9diatement d\u00e9vor\u00e9 par un r\u00e9pugnant chien serpill\u00e8re. <em>Quatre jumelles<\/em>, commence lorsqu\u2019une des s\u0153urs se fait une piq\u00fbre d\u2019h\u00e9ro\u00efne avant de se faire poignarder par sa jumelle. Comment expliquer le fait qu\u2019on puisse rire face \u00e0 de telles atrocit\u00e9s ? Ce n\u2019est pas vraiment un rire de g\u00eane ou de conjuration. On rit honn\u00eatement de ce qu\u2019on voit. Copi et le Munstrum parviennent \u00e0 nous placer dans un endroit \u00e0 l\u2019\u00e9cart des consid\u00e9rations \u00e9thiques, politiques ou pol\u00e9miques. On constate et l\u2019on rit. C\u2019est un rire sp\u00e9cifique au th\u00e9\u00e2tre et aux arts vivants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une certaine mani\u00e8re, le Munstrum r\u00e9ussit l\u00e0 o\u00f9 le Zerep \u00e9choue<sup data-fn=\"1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f\" class=\"fn\"><a href=\"#1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f\" id=\"1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f-link\">1<\/a><\/sup>. Les deux compagnies travaillent sur le masque, la difformit\u00e9 et la vulgarit\u00e9 transform\u00e9es et sublim\u00e9es par le jeu. Dans les deux cas, l\u2019horreur est transcend\u00e9e et int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la dramaturgie sans perdre de sa substance. Le rire n\u2019emp\u00eache pas de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qu\u2019on vient de voir, il est une ouverture. Il repose par ailleurs sur des proc\u00e9d\u00e9s d\u2019apparence assez simple : du slapstick, du burlesque au ton cartoon avec des courses-poursuites, des personnages hauts en couleurs qui se donnent des coups aux sons surprenants. Mais l\u00e0 o\u00f9 le manque de s\u00e9rieux phagocytait le propos de la pi\u00e8ce dans le cas du Zerep, ici, il ne fait que le renforcer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, le cadre polaire de la pi\u00e8ce du Munstrum n\u2019invite pas \u00e0 rire. Une atmosph\u00e8re gris-bleu, des personnages couverts de doudounes, des ustensiles rudimentaires et une baignoire-cercueil en fer forment le d\u00e9cor. La musique est aussi gla\u00e7ante que l\u2019atmosph\u00e8re. Le cadre est sordide, entre h\u00f4pital d\u00e9saffect\u00e9 et hutte de taxidermiste barbare. Mais si tout le monde ne peut pas rire de tout, le Munstrum prouve qu\u2019on peut rire partout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le rire, dans <em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em>, rel\u00e8ve d\u2019un virtuose exercice : Copi et le Munstrum parviennent \u00e0 nous faire changer de disposition face \u00e0 une pi\u00e8ce qui devrait \u00eatre absolument terrifiante.<sup data-fn=\"dbae2e40-9f84-4ef9-bf35-2ce7a7676640\" class=\"fn\"><a href=\"#dbae2e40-9f84-4ef9-bf35-2ce7a7676640\" id=\"dbae2e40-9f84-4ef9-bf35-2ce7a7676640-link\">2<\/a><\/sup> Notre rire est paradoxal, on se surprend nous-m\u00eames. Tout ne tient qu\u2019\u00e0 la performance des acteurs. On est constamment sur le fil. \u00c0 n\u2019importe quel moment, j\u2019aurais pu sortir comme les quelques spectateurs d\u00e9go\u00fbt\u00e9s. Mais non, car quand je ne riais pas, j\u2019\u00e9tais simplement captiv\u00e9 par la ressource infinie d\u2019\u00e9nergie des acteurs. Ar\u00e8ne le dit lui-m\u00eame :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il n\u2019y a pas de d\u00e9nouement, pas de le\u00e7on \u00e0 tirer, pas de r\u00e9solution salvatrice comme le voudraient les conventions du th\u00e9\u00e2tre \u00ab classique \u00bb. C\u2019est un th\u00e9\u00e2tre sans but ou la vacuit\u00e9 est convoqu\u00e9e comme figure esth\u00e9tique. Ici, le sens ne se trouve pas dans le signifiant, mais dans le jeu avec le(s) signifiant(s). Il repose sur l\u2019art du rythme, l\u2019agencement des th\u00e8mes et le jeu avec les outils th\u00e9\u00e2traux. La puissance des acteur.ice.s, leur imagination, le pur plaisir du jeu sont chez lui, synonymes de salut et de catharsis.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019horreur, au fond, n\u2019est qu\u2019une excuse, une mati\u00e8re premi\u00e8re qui n\u2019est l\u00e0 que pour \u00eatre transform\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/dp-40-sous-zero.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Dossier de presse du spectacle, disponible sur le site du th\u00e9\u00e2tre : https:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/40-sous-zero\/.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-6af3f91b-c35e-4d6e-8dcf-661ef7bc8093\" href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/dp-40-sous-zero.pdf\">Dossier de presse du spectacle, disponible sur le site du th\u00e9\u00e2tre : https:\/\/www.theatredurondpoint.fr\/spectacle\/40-sous-zero\/<\/a><a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/dp-40-sous-zero.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-6af3f91b-c35e-4d6e-8dcf-661ef7bc8093\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Spectaculaire ou politique ? <\/h2>\n\n\n\n<p>On peut \u00e9videmment faire une \u00ab parabole politique \u00bb, pour reprendre \u00e0 nouveau les propos de la note d\u2019intention, des deux pi\u00e8ces. Les personnages sont en exil, en perte d\u2019identit\u00e9, enferm\u00e9s dans un cycle de violence qui ne semble pas pouvoir se terminer. Mais cela, on y pense \u00e0 la sortie. L\u00e0 o\u00f9 la teneur politique du spectacle peut \u00eatre ressentie de fa\u00e7on plus directe, c\u2019est dans son aspect \u00ab queer \u00bb. Louis Ar\u00e8ne explique que la \u00ab figure de la folle \u00bb qui \u00e9tait auparavant symbolique du th\u00e9\u00e2tre de Copi \u2013 et qui n\u2019est d\u00e9sormais plus pertinente \u2013 laisse la place \u00e0 la dimension queer, qui ouvre plus de perspectives esth\u00e9tiques, dramaturgiques et politiques. Les questions de transidentit\u00e9s et les costumes r\u00e9miniscents des drag show d\u00e9ploient en effet un champ interpr\u00e9tatif tr\u00e8s large.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce qui compte, au pr\u00e9sent, c\u2019est avant tout le spectaculaire. Louis Ar\u00e8ne semble d\u2019ailleurs utiliser le queer comme une porte d\u2019entr\u00e9e vers la pluridisciplinarit\u00e9, et donc le caract\u00e8re spectaculaire de la pi\u00e8ce :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Spectacle visuel, sonore, sensoriel et furieux, 40\u00b0 sous z\u00e9ro se veut une \u0153uvre plastique et musicale autant que th\u00e9\u00e2trale, \u00e0 la crois\u00e9e de diff\u00e9rents m\u00e9diums. Cette pluralit\u00e9 revendiqu\u00e9e est la m\u00e9taphore d\u2019un rapport au monde complexe et \u00e9mancip\u00e9 de la pens\u00e9e dominante binaire qui enferme l\u2019individu dans une morale simpliste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em> fascine par son apparence brute de d\u00e9coffrage, qui cache n\u00e9anmoins une multiplicit\u00e9 de facettes et d\u2019inspirations diff\u00e9rentes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le masque synth\u00e9tise le caract\u00e8re prot\u00e9iforme et sensationnel de la pi\u00e8ce. C\u2019est un artifice simple, mais qui repr\u00e9sente un terrain de jeu infini. Les masques du Munstrum sont blancs et neutres. Ils s&rsquo;enfilent comme des casques et recouvrent la t\u00eate, du haut du cr\u00e2ne au bout du nez. Ils ont tous en commun un air surpris, hallucin\u00e9, les sourcils relev\u00e9s. Cette expression sert de fondation \u00e0 un large imaginaire et donne beaucoup de possibilit\u00e9s aux acteurs. Ils sont des clowns, parfois maladroits, \u00e9voquant Chaplin ou Buster Keaton ; ou bien ils d\u00e9gagent plut\u00f4t une aura de clown tueur. Ils sont aussi des pantins ou des diables en bo\u00eete, qui comme Pinocchio, se seraient soudain anim\u00e9s, \u00e9veill\u00e9s par quelque esprit. Le masque est comme une seconde peau : il cache et r\u00e9v\u00e8le en m\u00eame temps. Il effraie et captive. Dans <em>40\u00b0<\/em>, ils sont toujours tr\u00e8s humains ; il n\u2019y a pas de masques d\u2019animaux comme dans <em>Zypher Z<\/em>. Tous les personnages semblent parfois interchangeables : le masque contribue aussi \u00e0 la confusion d\u2019identit\u00e9. Il sugg\u00e8re la possibilit\u00e9 que tous les r\u00f4les sont interchangeables, et que la seule chose qui demeure, c\u2019est le jeu et le spectacle.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>En fin de compte, on en a pour son argent. Le <em>Munstrum <\/em>se saisit de la crudit\u00e9, de la violence et de l\u2019humour de Copi avec brio \u2013 au point qu\u2019on a l\u2019impression que le texte est \u00e9crit pour eux. La pi\u00e8ce est sans aucun doute spectaculaire. Mais le tour de force r\u00e9side non seulement dans le fait que l\u2019on reste, mais qu\u2019en outre l\u2019on rie. Le c\u00f4t\u00e9 queer est \u00e9videmment pr\u00e9gnant. Il nourrit le spectaculaire et le plaisir que l\u2019on prend \u00e0 voir les acteurs et les actrices performer sur sc\u00e8ne. Ce n\u2019est qu\u2019ensuite, une fois qu\u2019on a bien profit\u00e9 du spectacle, qu\u2019on peut s\u2019interroger sur les implications politiques de <em>40\u00b0 sous z\u00e9ro<\/em>. Louis Ar\u00e8ne finit ainsi la note d\u2019intention :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le projet esth\u00e9tique devient politique. Il s\u2019agit ici de traquer la v\u00e9rit\u00e9 nich\u00e9e quelque part dans la tension entre le trivial et le sublime, avec gravit\u00e9 et joie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Voir les quatre jumelles de Copi s\u2019entretuer en boucle, jusqu\u2019\u00e0 n\u2019en plus finir, est dr\u00f4le. Puis, lors du salut, les acteurs lisent une lettre pour demander l\u2019arr\u00eat du massacre \u00e0 Gaza. Et l\u2019on se rend compte, soudain, de ce dont on vient de rire.&nbsp;<\/p>\n\n\n<ol class=\"wp-block-footnotes\"><li id=\"1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f\"> Cf. le compte-rendu de <em>La vengeance est un plat<\/em> <a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/12\/02\/la-vengeance-est-un-plat-creation-de-sophie-perez-et-la-compagnie-du-zerep\/\" data-type=\"post\" data-id=\"271\">ici<\/a> <a href=\"#1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"dbae2e40-9f84-4ef9-bf35-2ce7a7676640\">Cela fait penser, d\u2019une certaine mani\u00e8re, au prologue de l\u2019<em>Amphitryon <\/em>de Plaute, o\u00f9 le dieu Mercure utilise pour la premi\u00e8re fois au monde le mot \u00ab tragicom\u00e9die \u00bb. Il explique que malgr\u00e9 une histoire qui sugg\u00e9rerait le registre tragique, il va la transformer en com\u00e9die sans en changer un seul vers, gr\u00e2ce \u00e0 sa toute-puissance. Mais pas besoin de dieu chez Copi. Il n\u2019y a besoin de rien pour faire du tragique une com\u00e9die. Sauf de bons acteurs et actrices. <a href=\"#dbae2e40-9f84-4ef9-bf35-2ce7a7676640-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Rond-Point accueille cette saison trois spectacles du Munstrum Th\u00e9\u00e2tre, compagnie cr\u00e9\u00e9e par Louis Ar\u00e8ne et Lionel Lingelser. Le talent artistique du Munstrum est d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tabli et leur succ\u00e8s est indubitable \u2013 \u00e0 tel point qu\u2019il devient difficile de r\u00e9cup\u00e9rer sa place au guichet tellement le th\u00e9\u00e2tre fourmille de monde. Le jour de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"[{\"content\":\" Cf. le compte-rendu de <em>La vengeance est un plat<\/em> <a href=\\\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/12\/02\/la-vengeance-est-un-plat-creation-de-sophie-perez-et-la-compagnie-du-zerep\/\\\" data-type=\\\"post\\\" data-id=\\\"271\\\">ici<\/a>\",\"id\":\"1f8dfd45-d2a6-4954-85cc-147728387d4f\"},{\"content\":\"Cela fait penser, d\u2019une certaine mani\u00e8re, au prologue de l\u2019<em>Amphitryon <\/em>de Plaute, o\u00f9 le dieu Mercure utilise pour la premi\u00e8re fois au monde le mot \u00ab tragicom\u00e9die \u00bb. Il explique que malgr\u00e9 une histoire qui sugg\u00e9rerait le registre tragique, il va la transformer en com\u00e9die sans en changer un seul vers, gr\u00e2ce \u00e0 sa toute-puissance. Mais pas besoin de dieu chez Copi. 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