{"id":300,"date":"2023-12-18T14:44:48","date_gmt":"2023-12-18T13:44:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=300"},"modified":"2023-12-24T08:59:08","modified_gmt":"2023-12-24T07:59:08","slug":"andromaque-stephane-braunschweig","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/12\/18\/andromaque-stephane-braunschweig\/","title":{"rendered":"Andromaque &#8211; St\u00e9phane Braunschweig"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>vu le 14 d\u00e9cembre \u00e0 l\u2019Od\u00e9on (6e)<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized wp-duotone-duotone-1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"375\" height=\"208\" src=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-214\" style=\"width:375px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433.png 375w, https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/signal-2023-03-28-20-59-15-491-removebg-preview-e1702906696433-300x166.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>J\u2019allais un peu \u00e0 reculons \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019<em>Andromaque<\/em>, \u00e9tant donn\u00e9 le peu d\u2019affection que je porte g\u00e9n\u00e9ralement aux mises en sc\u00e8ne de St\u00e9phane Braunschweig. Mais bon, une place gratuite dans un grand th\u00e9\u00e2tre parisien, \u00e7a ne se refuse pas. Pour celles et ceux qui ne le savent pas, l\u2019Od\u00e9on met \u00e0 disposition un code promotionnel pour les -26 ans, tous les jeudis \u00e0 18h sur leur site, afin d\u2019obtenir une place gratuite (et avec une bonne visibilit\u00e9 si vous \u00eates assez rapide) \u00e0 la repr\u00e9sentation du jeudi suivant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-base-2-background-color has-background has-medium-font-size\">Ce que je reproche aux mises en sc\u00e8ne de Braunschweig, ce sont les moyens colossaux mis dans la sc\u00e9nographie qui cachent une fa\u00e7on tr\u00e8s impersonnelle d\u2019aborder la pi\u00e8ce et une direction d\u2019acteurs que je trouve particuli\u00e8rement lacunaire. M\u00eame si <em>Andromaque<\/em> est dans la droite lign\u00e9e des quelques spectacles que j\u2019ai vus et \u00e9tudi\u00e9s de Braunschweig, elle reste cependant <strong>une assez bonne surprise<\/strong>. Je comparerais assez volontiers le travail de Braunschweig \u00e0 celui des r\u00e9alisateurs de blockbusters hollywoodiens. Il ne faut pas en demander plus ; <strong>c\u2019est simplement dommage, car on peut tirer bien plus de Racine qu\u2019un simple divertissement, tout r\u00e9ussi qu\u2019il soit<\/strong>.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, <em>Andromaque<\/em> reste un blockbuster de luxe, car il faut payer fort cher pour \u00eatre bien assis \u00e0 l\u2019Od\u00e9on. J\u2019\u00e9prouve toujours un dr\u00f4le de sentiment en passant, d\u2019une semaine \u00e0 l\u2019autre, de la MC93 \u00e0 l\u2019Od\u00e9on. Il va sans dire que les publics sont radicalement diff\u00e9rents. Cela \u00e9tant dit, je remercie du fond du c\u0153ur la dame qui a souhait\u00e9 changer de place avec moi pour \u00eatre assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son amie. J\u2019ai accept\u00e9 sans trop savoir o\u00f9 je me retrouverais : et j\u2019ai fini dans une loge quasi-priv\u00e9e, pile en face de la sc\u00e8ne, avec la possibilit\u00e9 de m\u2019appuyer pour \u00e9crire, d\u2019\u00e9tendre mes jambes, et de reposer ma t\u00eate contre les panneaux recouverts de coussins rouges. Autant dire que tout \u00e9tait en \u0153uvre pour que j\u2019appr\u00e9cie le spectacle.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\nhttps:\/\/youtu.be\/kWBAHjK6eeg?si=nQ9CQ-b8BG98o7V4\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce, qui permet mine de rien de se faire une id\u00e9e du d\u00e9cor et du jeu des personnages. Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 savoir si c&rsquo;est une cha\u00eene youtube officielle de l&rsquo;Od\u00e9on car il n&rsquo;y a que cinq abonn\u00e9s. Leur cha\u00eene vimeo a l&rsquo;air plus vivante. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un jeu unidimensionnel et une pr\u00e9sence difficile au plateau<\/h2>\n\n\n\n<p>Mais je reste sur mes positions. D\u00e8s le d\u00e9part, les personnages apparaissent imm\u00e9diatement comme st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s et unidimensionnels. On ne voit ni leurs failles, ni leurs h\u00e9sitations : ils ont l\u2019air d\u2019\u00eatre de papier, alors m\u00eame que Braunschweig dit lui-m\u00eame, dans le programme, rendre les alexandrins concrets, et donc sortir de la vision tr\u00e8s litt\u00e9raire qu\u2019on peut avoir du th\u00e9\u00e2tre de Racine. J\u2019ai presque eu l\u2019impression qu\u2019il avait attribu\u00e9 \u00e0 chaque personnage un caract\u00e8re arch\u00e9typal et qu\u2019il demandait \u00e0 ses acteurs de jouer de cette fa\u00e7on. Pyrrhus (Alexandre Pallu) est ainsi une sorte d\u2019ancien soldat traumatis\u00e9, alcoolique et macho. Durant les trois premiers actes, il ne donne pas une seule r\u00e9plique sans gueuler ou grogner, il ne s\u2019assoit jamais sans s\u2019affaler sur sa chaise en \u00ab manspreadant \u00bb mieux que personne. On peut repr\u00e9senter un jeune homme traumatis\u00e9 sans en faire une sorte de vieux rambo d\u00e9sillusionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne sait m\u00eame plus si les acteurs ont la voix cass\u00e9e \u00e0 cause de leur jeu forc\u00e9, ou si le metteur en sc\u00e8ne leur a demand\u00e9 de jouer ainsi. C\u2019est parfois tr\u00e8s frustrant, lorsqu\u2019on voit transpara\u00eetre une autre \u00e9motion que le filtre qui leur est impos\u00e9. Au d\u00e9but de l\u2019acte II, Pyrrhus reprend bri\u00e8vement un ton normal : quel plaisir. Mais cela ne dure pas longtemps. Parfois, la voix casse, l\u2019acteur semble sortir un instant du r\u00f4le pour exprimer un d\u00e9sarroi plus humain, une couleur plus naturelle et contrast\u00e9e : \u00e9tait-ce pr\u00e9par\u00e9 ? Je ne sais pas, mais j\u2019aurais aim\u00e9 en voir plus. Oreste (Pierric Plathier) fait vraiment bourgeois parisien. Andromaque (B\u00e9n\u00e9dicte Cerutti) est monolithique dans son pathos.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Ce pathos fonctionne en revanche tr\u00e8s bien dans les sc\u00e8nes qui en ont besoin. Je pense notamment \u00e0 sa confrontation avec Pyrrhus \u00e0 la fin du troisi\u00e8me acte. L\u2019un comme l\u2019autre ont un jeu tout \u00e0 fait st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, mais port\u00e9 \u00e0 un tel paroxysme que \u00e7a en redevient bon. Cela me rappelle un des exercices que je faisais au conservatoire, qui consistait \u00e0 outrer tellement notre jeu qu\u2019il en devenait mauvais. Mais cela nous amenait \u00e0 trouver une certaine sinc\u00e9rit\u00e9 qui ne pouvait exister autrement. C\u2019est exactement \u00e7a ici. Je me suis ainsi surpris \u00e0 sourire, car enfin je me laissais compl\u00e8tement prendre par la pi\u00e8ce : j\u2019y \u00e9tais !\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la plupart du temps, on per\u00e7oit difficilement la tension entre les personnages et leurs conflits int\u00e9rieurs. Les acteurs semblent tellement peu dirig\u00e9s qu\u2019ils ne savent pas quoi faire de leur corps au plateau. Il y a deux cas : soit ils utilisent trop leurs mains, soit ils ne les utilisent pas assez. Dans tous les cas, le probl\u00e8me est \u00e0 mon avis le m\u00eame : ils ont d\u00fb faire beaucoup de travail \u00e0 la table, mais trop peu sur les planches. C\u00e9phise met ses mains sur son visage ou se plie en deux les bras sur le ventre pour signifier sa douleur. Elle se triture les mains quand elle est un personnage muet ; une fois que je l\u2019avais remarqu\u00e9, je ne voyais que \u00e7a, puisqu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 Andromaque \u00e9tait immobile. Certes, cela renvoie \u00e0 la stature d\u2019acteurs antiques, mais dans ce cadre, cela aplatit juste la sc\u00e8ne. Les personnages ne semblent pas travers\u00e9s d\u2019\u00e9motions, ils manquent de vivant. Lorsqu\u2019ils bougent, enfin, il semble que cela correspond \u00e0 un gimmick de caract\u00e8re qui ne dit rien de leurs \u00e9motions profondes : par exemple, Pyrrhus qui boit un verre. Braunschweig a cr\u00e9\u00e9 des silhouettes plus que des personnages. Oreste, lui non plus, ne sait pas quoi faire de ses mains ; mais au lieu d\u2019en faire trop, il n\u2019en fait pas assez. Il met la main sur l\u2019\u00e9paule de Pylade ou sur celle d\u2019Hermione, un peu comme un \u00e9tudiant de th\u00e9\u00e2tre le ferait s\u2019il \u00e9tait mal \u00e0 l\u2019aise avec l\u2019espace personnel de son ou de sa partenaire de jeu. Mention sp\u00e9ciale \u00e0 ses -euh tr\u00e8s parisiens du genre : \u00ab L\u2019amour ach\u00e8verait de sortir de mon c\u0153ureuh \u00bb. Pas grave, mais participe \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s bourgeois du 8e.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Cette sorte de malaise corporel est d\u2019autant plus pr\u00e9gnant qu\u2019il est empir\u00e9 par la sc\u00e9nographie. Braunschweig a eu l\u2019id\u00e9e visuellement tr\u00e8s forte d\u2019une immense flaque de sang circulaire au sol. Bien que cela manque de subtilit\u00e9, l\u2019effet est ind\u00e9niable. Cela fait aussi \u00e9cho au cercle tragique, cette sorte d\u2019ar\u00e8ne que visualise Barthes dans son <em>Sur Racine<\/em> \u2013 je simplifie \u00e0 outrance, \u00e9videmment. Les personnages sont g\u00ean\u00e9s par le liquide, ils ont peur de glisser, et \u00e7a se voit. L\u00e0 o\u00f9 la contrainte aurait pu se transformer en tension pour les personnages, on ne ressent que la pr\u00e9caution des acteurs. C\u2019est en outre assez ridicule de voir Andromaque, dans un geste tr\u00e8s beau et plein de pathos, se jeter aux pieds de Pyrrhus ; mais se jeter tr\u00e8s lentement, pour ne pas se blesser (ce qu\u2019on comprend bien, par ailleurs).<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/PROG-ANDROMAQUE.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Programme de salle disponible sur le site de l&apos;Od\u00e9on : https:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/saison-2023-2024\/spectacles-2023-2024\/andromaque-23-24.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-9cdbcbb9-0b6b-4ee0-9a15-d31ceaab2b24\" href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/PROG-ANDROMAQUE.pdf\">Programme de salle disponible sur le site de l&rsquo;Od\u00e9on : https:\/\/www.theatre-odeon.eu\/fr\/saison-2023-2024\/spectacles-2023-2024\/andromaque-23-24<\/a><a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/PROG-ANDROMAQUE.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-9cdbcbb9-0b6b-4ee0-9a15-d31ceaab2b24\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une sc\u00e9nographie splendide (et probablement co\u00fbteuse), mais assez creuse<\/h2>\n\n\n\n<p>Que penser, alors, de cette sc\u00e9nographie ? L\u2019effet visuel qu\u2019elle produit est ind\u00e9niable. Le cercle carmin aux reflets satin\u00e9s se d\u00e9marque d\u2019abord d\u2019une \u00e9paisse obscurit\u00e9. Puis un \u00e9cran fin, d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 par Braunschweig pour son <em>Britannicus<\/em>, se l\u00e8ve, d\u00e9voilant les murs nus que les ombres couvraient. Sur les parois sont projet\u00e9es les ombres des ondulations dans le liquide. Les personnages entrent, marchent en provoquant des remous dans l\u2019eau ; et chacun de leurs pas se r\u00e9percute ainsi sur les murs. Ce dispositif est en outre accentu\u00e9 par l&rsquo;utilisation d&rsquo;un miroir dans le dernier acte, doublant ainsi les jeux d\u2019\u00e9chos visuels. Chaque recoin de l\u2019espace sc\u00e9nique renvoie \u00e0 Oreste et Hermione leur propre image. Il n\u2019y a rien \u00e0 redire : l\u2019espace est extr\u00eamement bien con\u00e7u et dessin\u00e9. Pourquoi, alors, cette sc\u00e9nographie magnifique me laisse-t-elle un peu de marbre, pass\u00e9es les premi\u00e8res minutes du spectacle ?\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est qu\u2019aussi r\u00e9ussi soit le d\u00e9cor, il laisse peu de place \u00e0 l\u2019imagination et \u00e0 l\u2019innovation. Il se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un carcan assez encombrant, pesant pour les acteurs et ennuyeux pour les spectateurs. Il est lourd dans son symbolisme, et aussi unidimensionnel que le jeu des personnages. Dans la mise en sc\u00e8ne de Braunschweig, tout va dans le m\u00eame sens ; une seule interpr\u00e9tation semble possible. L\u2019\u00e9pure et la parcimonie des \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques ne sont parfois pas le synonyme de modernit\u00e9 : parfois, elles sont juste le signe d\u2019une certaine pauvret\u00e9. Il en va de m\u00eame pour les costumes. Braunschweig s\u2019ent\u00eate \u00e0 faire jouer tous ses acteurs, quelle que soit la pi\u00e8ce, en costume contemporain \u2013 chemise blanche ou noire, veste et pantalon noirs, un pardessus imperm\u00e9able de temps en temps. C\u2019est chic, c\u2019est \u00e9pur\u00e9, c\u2019est contemporain, mais \u00e7a n\u2019\u00e9voque rien. \u00c7a affadit l\u2019interpr\u00e9tation et la perception du spectateur. En fin de compte, la pi\u00e8ce n&rsquo;en sort pas vraiment modernis\u00e9e : elle perd en caract\u00e8re, couleur et imaginaire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h2>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 ce qui me fait dire qu\u2019<em>Andromaque<\/em> est une adaptation facile, sans prise de risque, du chef-d\u2019\u0153uvre de Racine. Non qu\u2019on \u00e9prouve du d\u00e9plaisir au visionnage ; mais on n\u2019a rien vu de sp\u00e9cial. Une simple adaptation bien faite. Car encore une fois plane l\u2019impression que Braunschweig met en sc\u00e8ne par d\u00e9faut, parce qu\u2019il le faut, parce que Racine est un grand dramaturge. Il le monte \u00e0 la cha\u00eene, comme il l\u2019a fait avec Shakespeare ou Moli\u00e8re auparavant. On ne ressent pas de lien particulier \u00e0 la pi\u00e8ce, pas d\u2019attachement \u00e0 ce qu\u2019elle pourrait signifier. Le geste de mise en sc\u00e8ne para\u00eet presque machinal, d\u00e9sincarn\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, Braunschweig travaille de concert avec une universitaire de renom, Anne-Fran\u00e7oise Benhamou. On ne peut absolument pas lui reprocher de ne pas avoir assez creus\u00e9 la pi\u00e8ce, de ne pas l\u2019avoir \u00e9tudi\u00e9e sous toutes ses coutures et ses possibilit\u00e9s. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 la preuve qu\u2019il ne suffit pas de tout conna\u00eetre \u00e0 un texte pour en faire une mise en sc\u00e8ne neuve, innovante, qui fait battre le c\u0153ur \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre parfaite. Je me dis que parfois, une affection honn\u00eate et puissante du ou de la metteuse en sc\u00e8ne pour un texte peut produire un r\u00e9sultat bien plus convaincant \u2013 \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre parfait \u2013 qu\u2019une \u00e9tude universitaire pouss\u00e9e. C\u2019est quelques fois en apportant de sa personnalit\u00e9 qu\u2019un artiste peut d\u00e9voiler certaines asp\u00e9rit\u00e9s du texte, ou en d\u00e9voiler de nouveaux plis. Cependant, le travail dramaturgique et universitaire doit toujours servir de garde-fou, pour ne pas faire de lecture contradictoire de la pi\u00e8ce. C\u2019est l\u00e0 mon humble avis, nourri \u00e0 la fois de mon exp\u00e9rience \u00e0 la fac et au conservatoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait presque croire que cette adaptation tr\u00e8s lisse n\u2019existe que pour les scolaires et la rediffusion en captation \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. C\u2019est bien dommage, car Racine, Moli\u00e8re, Shakespeare, c\u2019est bien plus que ce qu\u2019on en apprend \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019on les enseigne \u00e0 partir du coll\u00e8ge. Mais c\u2019est plus qu\u2019une langue et une histoire. Racine cr\u00e9e des personnages et des histoires qui peuvent r\u00e9sonner avec chacun de nous s\u2019ils sont bien mis en perspective. Braunschweig le sait. Je suis donc un peu triste qu\u2019avec les moyens dont il dispose, il se cantonne \u00e0 une vision aussi peu ambitieuse.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Et encore une fois, je suis bien s\u00e9v\u00e8re, mais aussi un peu de mauvaise foi car j\u2019\u00e9tais quand m\u00eame franchement bien plac\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019allais un peu \u00e0 reculons \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019Andromaque, \u00e9tant donn\u00e9 le peu d\u2019affection que je porte g\u00e9n\u00e9ralement aux mises en sc\u00e8ne de St\u00e9phane Braunschweig. Mais bon, une place gratuite dans un grand th\u00e9\u00e2tre parisien, \u00e7a ne se refuse pas. 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