{"id":288,"date":"2023-12-14T17:17:01","date_gmt":"2023-12-14T16:17:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/?p=288"},"modified":"2023-12-24T08:40:42","modified_gmt":"2023-12-24T07:40:42","slug":"extra-life-gisele-vienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/12\/14\/extra-life-gisele-vienne\/","title":{"rendered":"Extra Life &#8211; Gis\u00e8le Vienne"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>vu le 7 d\u00e9cembre \u00e0 la MC93<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction &#8211; traiter du traumatisme<\/h2>\n\n\n\n<p>Encore un tr\u00e8s gros spectacle de la saison, qui promet beaucoup, mais qui laisse cependant sur sa faim. <strong>Esth\u00e9tique n\u00e9on, casting de choix avec Ad\u00e8le Haenel, th\u00e9\u00e2tre r\u00e9solument f\u00e9ministe\u2026 Tout \u00e9tait r\u00e9uni pour attirer un public nombreux.<\/strong> Le sujet est dur, mais il est aussi difficile \u00e0 aborder que br\u00fblant d\u2019actualit\u00e9 : il s\u2019agit pour ses personnages de surmonter la m\u00e9canique de d\u00e9ni du traumatisme, caus\u00e9 ici par un crime sexuel. Gis\u00e8le Vienne dit ainsi dans le programme de salle :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On comprend alors qu\u2019il ne s\u2019agit pas seulement de r\u00e9v\u00e9ler les crimes mais de les faire entendre dans un cadre perceptif qui est celui de notre soci\u00e9t\u00e9, qui s\u2019\u00e9vertue \u00e0 les faire taire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souligne indirectement le r\u00f4le du th\u00e9\u00e2tre dans le monde actuel. La sc\u00e8ne ouvre ce \u00ab cadre perceptif \u00bb o\u00f9 la parole est possible et o\u00f9 le public est l\u00e0 pour \u00e9couter, recevoir, et r\u00e9fl\u00e9chir. Quant au fait de \u00ab r\u00e9v\u00e9ler les crimes \u00bb, la pi\u00e8ce est d\u2019autant plus pertinente dans le contexte des nouvelles r\u00e9v\u00e9lations sur l\u2019immondice de Depardieu ou la r\u00e9cente garde-\u00e0-vue de Beigbeder.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pourtant, je peine \u00e0 garder quelque chose de fort ou de concret du spectacle. <em>Extra life <\/em>est pourtant le produit d\u2019une longue r\u00e9flexion et d\u2019un travail de longue haleine.<\/strong> On ressent bien le lien fort d\u00e9velopp\u00e9 entre les actrices et l\u2019acteur. Leur travail a \u00e9t\u00e9 riche et profond, en t\u00e9moigne ce qu\u2019en dit Gis\u00e8le Vienne :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce qui est passionnant et tr\u00e8s beau dans la rencontre entre chor\u00e9graphe, metteur en sc\u00e8ne et interpr\u00e8tes, c\u2019est le d\u00e9veloppement d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 pouvoir s\u2019entendre et se parler dans un langage prot\u00e9iforme. Ce que j\u2019am\u00e8ne aux com\u00e9diens et aux danseurs, c\u2019est une mani\u00e8re de jouer, un langage formel que je d\u00e9veloppe depuis vingt-trois ans et qu\u2019ils contribuent \u00e0 d\u00e9velopper en s\u2019en emparant. Puis la cr\u00e9ation devient un dialogue, dans cette langue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce n\u2019est au fond pas un manifeste politique. Elle s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 des recherches esth\u00e9tiques et dramaturgiques de la metteuse en sc\u00e8ne. Le probl\u00e8me, selon moi, est que son \u00ab langage \u00bb manque fondamentalement de spectaculaire. Pas dans le sens o\u00f9 ce ne serait pas impressionnant, mais dans le sens o\u00f9 son travail ne se fait pas spectacle, o\u00f9 ce qu\u2019elle veut faire ressentir se communique mal \u2013 du moins \u00e0 la frange du public que je repr\u00e9sente. <strong>Du m\u00eame coup, il est difficile pour moi de comprendre et d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 toute la charge intellectuelle du spectacle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Gis\u00e8le Vienne met donc en sc\u00e8ne des personnages marqu\u00e9s par un grave traumatisme. On peut cependant regretter que le traitement du traumatisme, quelle que soit la mani\u00e8re dont il est abord\u00e9, demeure assez lacunaire. Dans son aspect tr\u00e8s concret, de ce qu\u2019on en voit des personnages ext\u00e9rieurement, il est assez pauvre. Les dialogues sont franchement au ras des p\u00e2querettes. Cela aurait pu \u00eatre compens\u00e9 par la danse, mani\u00e8re plus onirique de concevoir les sinuosit\u00e9s d\u2019un corps et d\u2019un esprit violent\u00e9s et ab\u00eem\u00e9s. On aurait pu penser que, laissant les mots insuffisants de c\u00f4t\u00e9, la corpor\u00e9it\u00e9 des actrices et de l\u2019acteur touche une corde plus sensible de notre perception. En pratique, cela verse dans une forme de d\u00e9monstration technique qui m\u2019a plus irrit\u00e9 que convaincu.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"FESTIVAL D&#039;AUTOMNE 2023 I Gis\u00e8le Vienne, Extra Life\" width=\"500\" height=\"281\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/daYjTV5W-4c?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un d\u00e9but aussi d\u00e9routant que touchant<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire : F\u00e9lix et Clara sont fr\u00e8re et s\u0153ur. Ils se retrouvent, en fin de soir\u00e9e, dans leur voiture, au milieu de nulle part. Ils se parlent, se taquinent, jusqu\u2019\u00e0 ce que les stigmates de leurs traumatismes communs \u2013 ils ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s par leur oncle \u2013 \u00e9mergent. \u00c0 partir de l\u00e0, le spectateur assiste \u00e0 une descente abrupte dans leurs psych\u00e9s et leurs angoisses. Une troisi\u00e8me figure fait alors son apparition, \u00e0 la fois pr\u00e9sence amicale rassurante, incarnation de l\u2019angoisse ennemie et all\u00e9gorie des sentiments n\u00e9gatifs de Clara. Il n\u2019est pas clair, en fin de compte, s\u2019ils arrivent \u00e0 r\u00e9ellement exorciser cette angoisse qui les a pris tour \u00e0 tour durant le spectacle \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce \u2013 j\u2019imagine qu\u2019on ne peut jamais totalement occire ses d\u00e9mons. Mais le spectacle semble donner lieu \u00e0 une forme d\u2019espoir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-base-2-background-color has-background\">* <strong>Petite parenth\u00e8se : ce qu&rsquo;on voit et ce qu&rsquo;on ne voit pas d&rsquo;un spectacle *<br><\/strong><br>Je con\u00e7ois totalement qu\u2019il faille consid\u00e9rer un spectacle sur toute sa trajectoire, de son stade embryonnaire \u00e0 celui de la cr\u00e9ation aboutie qui nous parvient. Je prends \u00e9videmment en consid\u00e9ration toutes les pens\u00e9es qui ont nourri le spectacle mais qui n\u2019apparaissent pas forc\u00e9ment la mati\u00e8re finale. Il est important qu\u2019elles apparaissent dans le programme de salle, comme ici, pour que le spectateur constate que le th\u00e9\u00e2tre est le fruit d\u2019un long processus de recherche, qu\u2019il m\u00e9rite donc du temps (et des investissements publics). Il reste dommage que le r\u00e9sultat final soit assez d\u00e9cevant pour moi, puisqu\u2019en fin de compte, tout ce qu\u2019il nous reste de leur travail, c\u2019est bien le spectacle qu\u2019on a sous les yeux. Qu\u2019on n\u2019y voie pas tout le processus de cr\u00e9ation, ce n\u2019est pas grave. Apr\u00e8s tout, le public, largement de gauche, est d\u00e9j\u00e0 familier des questions de patriarcat. Il n\u2019y a pas besoin d\u2019enfoncer des portes ouvertes en parlant de la soci\u00e9t\u00e9 et du monde de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9raliste dans le spectacle m\u00eame. Il ne reste \u00e0 traiter que l\u2019essence esth\u00e9tique et la dimension \u00e9motionnelle du traumatisme et de la lutte interne qu\u2019il engendre. Et c\u2019est sur ce point, malheureusement que le spectacle ne parvient pas \u00e0 m\u2019atteindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9but fonctionne tr\u00e8s bien. Tout commence dans une voiture, au milieu de nulle part. Tout l\u2019espace th\u00e9\u00e2tral est plong\u00e9 dans la fum\u00e9e : la sc\u00e8ne est invisible quand on entre dans la salle. Le plateau sort de la brume comme un vaisseau fant\u00f4me. On a ainsi vraiment l\u2019impression d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019univers tr\u00e8s intime de Clara et F\u00e9lix, coup\u00e9s de tout, en paix. On peut d\u00e9plorer le fait qu\u2019on ne voie pas tr\u00e8s bien, que le jeu soit d\u00e9sincarn\u00e9 \u00e0 une telle distance. Tous les deux sont en effet dans l\u2019habitacle de la voiture, avec micros \u00e0 chef ; il est difficile de comprendre vraiment. Mais on s\u2019y fait. Un jeu s\u2019installe avec la radio : ils se moquent d\u2019une \u00e9mission complotiste sur les extra-terrestres. Un dialogue \u00e0 trois voix, entre eux et la radio, s&rsquo;installe. C\u2019est assez touchant, tr\u00e8s doux, et en m\u00eame temps plut\u00f4t \u00e9trange : ils parlent de paranormal en pleine nuit, dans un espace tout \u00e0 fait anonyme ; et une certaine animosit\u00e9 face \u00e0 leur pass\u00e9 qui ressurgit.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Bible_Gisele_Vienne_2023_BD1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 Programme de salle, disponible sur le site du festival d&apos;Automne : https:\/\/www.festival-automne.com\/edition-2023\/gisele-vienne-emextra-lifeem.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e5e555bd-fee0-41ed-9e85-81278c586b99\" href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Bible_Gisele_Vienne_2023_BD1.pdf\">Programme de salle, disponible sur le site du festival d&rsquo;Automne : https:\/\/www.festival-automne.com\/edition-2023\/gisele-vienne-emextra-lifeem<\/a><a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Bible_Gisele_Vienne_2023_BD1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e5e555bd-fee0-41ed-9e85-81278c586b99\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Entre transparence de platitudes et opacit\u00e9 de sc\u00e8nes herm\u00e9tiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Puis appara\u00eet la troisi\u00e8me figure. \u00c0 partir de l\u00e0, on comprend que le temps n\u2019avance plus : il sera toujours 5h38 jusqu\u2019\u00e0 la fin du spectacle, comme ils le r\u00e9p\u00e9teront \u00e0 plusieurs reprises. Ils se retrouvent pris dans une sorte de boucle.\u00a0 En d\u00e9coule une suite de mouvements dans\u00e9s, \u00e0 la mani\u00e8re de rituels qui serviraient \u00e0 conjurer leur pass\u00e9 ou leur d\u00e9ni, et de mouvements d\u2019angoisse intense. Le probl\u00e8me est que, dans l\u2019un comme dans l\u2019autre, le public est confront\u00e9 \u00e0 une forme de platitude. Dans les moments d\u2019angoisse ou de pics de tension, les dialogues sont franchement faibles et les personnages ne nous sont pas rendus particuli\u00e8rement int\u00e9ressants, profonds ou attachants. Les passages dans\u00e9s sont assez froids : techniquement tr\u00e8s aboutis, mais dont il est difficile de tirer quelque chose sur le plan \u00e9motionnel. Le travail sur les lumi\u00e8res est \u00e0 couper le souffle&#8230; sauf que personnellement, puisque j&rsquo;avais litt\u00e9ralement des lasers pleins les yeux (j&rsquo;y reviendrai&#8230;), je ne voyais pas ce qui se passait sur sc\u00e8ne quand ils dansaient. Et quand je le voyais, ils dansaient, tr\u00e8s, tr\u00e8s lentement, comme on danserait apr\u00e8s une longue soir\u00e9e alcoolis\u00e9e. C&rsquo;est logique dans la di\u00e9g\u00e8se de la pi\u00e8ce, mais \u00e7a ne rend pas la chose plus spectaculaire pour autant. Rien de la fascination que j&rsquo;ai ressentie pour les danses lentes, mais millim\u00e9tr\u00e9es de <em><a href=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/10\/13\/monument-0-10-the-living-monument-conception-choregraphie-et-costumes-deszter-salamon\/\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.cinquieme-balcon.fr\/index.php\/2023\/10\/13\/monument-0-10-the-living-monument-conception-choregraphie-et-costumes-deszter-salamon\/\">Monument 0.10<\/a><\/em>, donc.<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend bien, sur le principe, la vis\u00e9e de la metteuse en sc\u00e8ne, mais on ne se sent pas plus proche des personnages pour autant. Dans le programme, Gis\u00e8le Vienne dit : \u00ab Avec un humour subversif et de mani\u00e8re dramatique, la pi\u00e8ce aborde l\u2019encodage perceptif qui construit le d\u00e9ni et celui qui permet son d\u00e9voilement et sa compr\u00e9hension. \u00bb Je comprends ce qu\u2019elle tente de construire autour du d\u00e9ni. Mais je peine \u00e0 voir \u00ab l\u2019humour subversif \u00bb pass\u00e9es les quinze premi\u00e8res minutes. Pour ce qui est des effets dramatiques, je ne suis pas convaincu non plus, puisque la pi\u00e8ce adopte rapidement une forme d\u2019herm\u00e9tisme qui ne permet en rien de comprendre le traumatisme des personnages et de d\u00e9velopper de l\u2019empathie.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des chocs dramaturgiques, en revanche, quand on se rend compte que tel son renvoie \u00e0 un d\u00e9tail cruel de leur pass\u00e9. Mais cela, le personnage de F\u00e9lix est oblig\u00e9 de l\u2019expliquer. Sinon, on reste dans le flou total. Dans cette m\u00eame veine, tout un jeu se construit autour d\u2019une marionnette dont on ne comprend pas la pr\u00e9sence, qui semble sortir de nulle part. \u00c0 noter que Vienne a une formation de marionnettiste. Mais l\u00e0, le pantin reste sur une chaise, rien n\u2019en est fait. On saisit plus ou moins qu\u2019il repr\u00e9sente une sorte de pr\u00e9sence oppressive. Certes, on est \u00e0 la fronti\u00e8re du fameux argument : \u00ab c\u2019est nul parce que je n\u2019ai pas compris \u00bb. Mais il y a un r\u00e9el probl\u00e8me quand on a l\u2019impression que la situation est claire pour les personnages mais pas du tout pour nous. \u00c0 la sortie, j\u2019entendais des gens dire qu\u2019il s\u2019\u00e9taient presque sentis b\u00eates de ne pas comprendre. Je trouve \u00e7a assez juste, et il est dommage qu\u2019on en arrive l\u00e0.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a en fait un \u00e9cart profond entre certains moments extr\u00eamement explicatifs et d\u2019autres totalement opaques. Clara revient parfois sur la f\u00eate dont ils sortent avec des \u00ab Aimer, \u00e7a s\u2019apprend \u00bb ou bien \u00ab C\u2019\u00e9tait trop bien cette f\u00eate, \u00e7a donne envie de se battre \u00bb. La platitude du propos est d\u2019autant plus frappante que l\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, il est projet\u00e9 dans une performance compl\u00e8tement lunaire o\u00f9 F\u00e9lix hurle \u00e0 l\u2019encontre d\u2019une marionnette et de sa s\u0153ur. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, aucune place n\u2019est laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du spectateur ; de l\u2019autre, il est soudain livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. Ces deux modes de r\u00e9ception sont tout \u00e0 fait valides. Mais passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre aussi soudainement, c\u2019est malmener le spectateur.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Par piti\u00e9, m\u00e9nagez le spectateur<\/h2>\n\n\n\n<p>Or cela s\u2019inscrit dans toute une dynamique de brutalisation du spectateur. Les compositions \u00e9lectroniques de Caterina Barbieri s\u2019accordent parfaitement \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique n\u00e9on et \u00e0 l\u2019utilisation des lasers, mais pourquoi, pourquoi les mettre aussi fortes ? La pi\u00e8ce ne gagne pas en densit\u00e9 et en puissance \u00e9motionnelle simplement en montant le volume \u00e0 fond, \u00e7a je peux vous l\u2019assurer. Au contraire, le spectacle perd et mon adh\u00e9sion, et ma compassion, ce qui est pourtant important quand on traite de telles th\u00e9matiques. Il en va de m\u00eame pour la cr\u00e9ation lumi\u00e8re d\u2019Yves Godin. Oui, l\u2019architecture sonore et visuelle compos\u00e9e au plateau fonctionne tr\u00e8s bien. Je salue aussi l\u2019id\u00e9e de faire appel \u00e0 des artistes pour faire de la pi\u00e8ce une performance. Cela participe de l\u2019id\u00e9e que le th\u00e9\u00e2tre peut se faire le r\u00e9ceptacle de diff\u00e9rentes formes d\u2019art contemporain, les conjuguer, et nous ouvrir de nouveaux horizons perceptifs. Mais j\u2019en ai marre de me prendre des lasers dans les yeux, c\u2019est juste douloureux et dangereux. Il y a des fa\u00e7ons plus subtiles de cr\u00e9er le malaise ou le vertige chez le spectateur.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre ne suis-je pas habitu\u00e9 au monde de la nuit, \u00e0 ses vibrations et \u00e0 ses lumi\u00e8res, dont <em>Extra life<\/em> tire son imagerie. Mais il doit pouvoir exister un moyen de le faire ressentir sans passer par des lasers dans les yeux et un syst\u00e8me sonore gonfl\u00e9 aux st\u00e9ro\u00efdes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis malgr\u00e9 tout reconnaissant aux artistes de fournir de la mati\u00e8re \u00e0 penser. D\u2019autant plus qu\u2019ils et elles rappellent que le th\u00e9\u00e2tre public est un lieu de d\u00e9bat et de r\u00e9flexion. \u00c0 la fin de la repr\u00e9sentation, est lue une lettre demandant l\u2019arr\u00eat du massacre \u00e0 Gaza et une consid\u00e9ration \u00e9gale des violences du Hamas et d\u2019Isra\u00ebl.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction &#8211; traiter du traumatisme Encore un tr\u00e8s gros spectacle de la saison, qui promet beaucoup, mais qui laisse cependant sur sa faim. Esth\u00e9tique n\u00e9on, casting de choix avec Ad\u00e8le Haenel, th\u00e9\u00e2tre r\u00e9solument f\u00e9ministe\u2026 Tout \u00e9tait r\u00e9uni pour attirer un public nombreux. 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